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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 13:44

 

 

 

 

 

 

 

Il était encore tôt et il faisait les cent pas sur le trottoir humide. L'air frais et piquant du matin lui caressait les joues et même si c'est banal, il en était ainsi, l'air frais lui caressait les joues et il en oubliait l'ennui qu'il avait éprouvé à son réveil en découvrant la même chambre se dessiner sous ses yeux trop habitués à la répétition. Il ne savait pas bien d'où venait sa confusion ni même s'il était confus au fond. Il était indécis, ça oui. L'important étant qu'on ne l'approchât pas trop, jamais trop et que nul ne se tînt trop longtemps trop près de lui. Aucune émotion ne venait balayer la surface lisse qu'il mettait en contact avec le monde. Certes, il avait besoin d'être distingué entre tous, il avait besoin de l'affection d'un grand nombre mais il ne tenait nullement à entrer plus avant dans un quelconque commerce avec un exemplaire du lot. Ainsi il faisait les cent pas et il ne savait même plus ce qu'il attendait.

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 17:25

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À un certain point, tout semblait s'arrêter et se figer. Cela ressemblait à l'idée que l'on se faisait de l'ennui parce qu'à ce point, précisément, il n'y avait plus que des idées, des images et rien qui ne soit réel, rien qui n'ait la densité du corps inanimé de ma mère lorsque j'allai la voir dans le sous-sol glacé de la clinique de la Reine-Blanche. Ici tout cela bougeait mais cela n'était rien et rien n'existait pas non plus. Les mots encombraient la candeur de cet instant aride, abrupt, qui dégringolait tout à coup dans un espace nouveau qui se heurtait à l'apparence de l'espace ancien. Ne pas avoir d'idées, ne pas s'inquiéter, ne pas penser à l'instant d'après, se tenir ici et là accroché à sa respiration comme au dernier fil vivant. Derrière les projections qui m'aveuglaient, il n'y avait que l'amour. Le reste, on l'oublierait.

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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 18:11

 

 

 

 

 

 

 

 

On croit avoir escaladé un versant mais on n'a pas commencé à franchir les premiers mètres. On est déjà épuisé. On n'aperçoit même pas - de loin on pourrait - la cime qui se perd derrière de lourds nuages immobiles. Très vite le brouillard arrive et s'épaissit, il faut poursuivre à l'aveuglette: on suit le sentier que l'on reconnaît sous ses pieds car on les voit encore. Et pas à pas, on avance, avec courage et en y mettant toute la foi dont on se sent capable, car on a de la foi à revendre! Alors on marche et on ne perd pas de vue ses propres pieds sans quoi on risquerait de perdre le corps entier en ces régions hostiles, ce qui ne ferait pas notre affaire, au contraire. Et puis tout à coup, c'est le désespoir, l'épuisement, physique et moral, un doute surgit, ce voyage en vaut-il la peine? A-t-on choisit la bonne saison? Est-on suffisamment en forme pour arpenter les côtes escarpées des reliefs terrestres? Tant de questions! Vaines toutefois. Parce qu'en réalité, il n'y a pas de montagne du tout.

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 15:06

 

 

 

 

 

 

 

Au beau milieu de cette foule disparate, elle était immobile et dévorait du regard la femme qui était apparue sur l'estrade. Un rideau jaune pendait sur la gauche de la scène, les lumières étaient basses et l'atmosphère feutrée. On se serait cru au fond d'un océan où chaque son aurait pu prendre un tour imprévisible, être anéanti ou dilaté par l'élément liquide et de fait, tous se taisaient. La femme ferma les yeux et son front rougit.

- Dans le tiroir de gauche, dans la commode qui se trouvait dans le bureau de votre père, vous aviez usage de cacher la petite clé qui ouvrait un coffre en ébène qui vous venait de votre mère.

La stupeur qu'elle éprouva lui permit de sentir voyager vers elle son enfance comme si elle eût été enfouie tout entière dans cet instant ouaté. Ça n'était pas tant que l'assertion fût vraie à la surprendre mais plutôt que tous les instants passés lui semblaient en regard avoir été isolés les uns des autres et qu'elle les délivrait comme d'un enchantement qui les avait tenus cloisonnés. Sa vie vivante au creux de ce corps qui était son véhicule avait un sens qu'elle ignorait mais cette ignorance-même en cet instant avait épousé l'évidence que tout était su et que le secret ne résidait pas dans les circonstance mais se trouvait derrière, toujours derrière.

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 18:02

 

 

 

 

 

Il s'assit près du bord et baissa les yeux. Ils rencontrèrent ses mains qui lui firent baisser les paupières. Tout allait bien, décidément bien. Le désastre en cours ne le concernait que latéralement, ou mieux, ne le concernait pas du tout. Et pourtant, songeait-il en réouvrant les yeux sur ses mains, et pourtant, il devait être possible de faire coïncider la périphérie et le centre, il devait être possible de n'avoir plus de périphérie du tout, plus de désastre qui concerne ou non aucun centre, plus de désastre tout court. Il ferma les yeux à nouveau. Des passantes riaient : "Tu comprends, il m'a dit qu'il aimait les femmes un peu vulgaires, qu'il ne savait pas pourquoi, peut-être parce qu'il devait pouvoir les dominer et les mépriser d'une certaine façon?" "Rien que ça? Qu'il se soigne!" "Tu m'étonnes! Je ne le lui ai pas dit mais qu'il aille au Diable!".

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