Elle se retrouva debout à l'angle de la rue. Elle regardait disparaître la deux-chevaux de ses amis dans le flux matinal. Tout y était. Corps et âme. Elle contempla un instant ses mains et releva les yeux sur le boulevard éclaboussé de lumière. Le ciel était limpide. Elle se mit à bouger et instinctivement, commença à marcher en direction du port. Les étals de poissons luisaient sous le soleil. Dans l'eau douce les poissons se contorsionnaient encore. L'un réussissait à passer sous les autres mais un autre se débattait et la ronde s'ensuivait à la recherche d'un air absent. La foule pressait, les vendeurs criaient dans le matin violent. Tout y était. Tout était là, mystérieusement mêlé aux cris, au bruit de la rue, de la foule, aux poissons agonisants. Dans l'attente iodée, sous un ciel muet et clair, dansait la petite flamme, patiente et vive, qui se nourrissait de l'air dense d'une matinée comme une autre.
imagine cette criée sur quai pavé..tréteaux vemoulus..le dos niellé, d'acier bleuie des mulets vigoureux...de bien bonnes lignes...aubade fraîche à l'heure du retour de la pêche..cette écriture..un commerce artisanal..