Je regardais mes bottes fouler l'herbe tendre. Je foulais aux pieds des lieux communs et des ailes poussaient dans mon dos. Elles entravaient un peu mes mouvements qui se faisaient gauches. Bien vite toutefois, je compris comment régler mon pas et l'air s'engouffra doucement dans ces voiles inattendues. Je ne savais pas naviguer et je dus bien me retrouver une fois au sol avant de saisir le mouvement des vents contraires.
Une voix au loin soufflait un air inconnu qui cependant m'était familier. Fascinée, j'écoutais. Je m'arrêtais parfois, pour en distinguer le ton qui différait à peine de celui du vent.
Sous un arbre, un vieil homme me surprit. C'était lui qui fredonnait cet air oublié. Il ne me vit pas, perdu qu'il était dans le ressassement de ces quelques paroles à peine audibles. Le vent redoubla et couvrit son murmure. Je détournai le regard. Lorsque je me retournai, au pied de l'arbre la terre était nue.