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Jeudi 29 novembre 2007


J'errais sur les trottoirs en proie à un doute qui m'affligeais. Je n'arrivais pas à en saisir la substance. Il s'insinuait sournoisement sous mes paupières et les faisait cligner de façon insolite. Mes mains hésitaient au bout de mes bras. Parfois je pouvais en agiter une pour m'assurer qu'elle fonctionnait bien. Les passants me dévisageaient les yeux pointés sur ma main folle. C'est à dire qu'ils ne me voyaient sans doute pas, absorbés qu'ils étaient tout à coup par cette main étrange.
- 'Dans quelle étagère?' interrogeais-je mon souvenir qui déployait une longue liste d'ingrédients bien ordonnés.
- 'Si tu rangeais les choses à leur place tu les retrouverais sûrement'
- 'Oh ça va Pinocchio... tu sais toujours tout mais tu te gardes bien de le dire... alors moi tu sais... tes sous-entendus... tes phrases à demi mâchonnées...'
- 'Elles ne sont pas à demi mâchonnées'
Il accéléra le pas tout à coup sur le trottoir où désormais la foule s'était faite dense. Je me hâtai à sa suite comme si je n'avais pu supporter l'idée de perdre sa trace.
- 'Elles ne sont peut-être pas à demi mâchonnées mais tu ne peux pas dire que tu sois très clair'
- 'Je suis très clair même comme la foudre'
- 'Oui justement...'
Il semblait à nouveau en colère. Décidément je n'avais pas mon pareil pour embrouiller les choses avec ce pantin.
Mes paupières pesaient tout à coup plus lourdement sur mes yeux qui s'accrochaient à l'asphalte humide et aux petits pieds de Pinocchio qui me devançait allègrement.
- 'Tant que tu penseras à faire de l'ordre sur tes étagères tu erreras sur les trottoirs les paupières pesantes voilà ce que je te mâchonne tout entier moi'
Quand le sage pointe la lune l'imbécile regarde le doigt. Moi je regardais Pinocchio qui trottait devant moi et tirait sa langue invisible aux passants soucieux
Mercredi 28 novembre 2007

Une salve de balles retentit dans le silence. Une horde de chevaux sauvages traversa la pièce et je dus bien déplacer mes jambes pour n'être pas emportée. Comme ils avaient laissé la porte grande ouverte, je pus jeter un dernier regard dans la cage l'escalier, à leur folle suite.
Je refermai doucement la porte et me préparai tranquillement à écrire.
La musique avivait le suspense d'une action mystérieuse et je ne pus faire autrement que prêter l'oreille. Mais seulement la prêter. La lutte semblait ardue. Quelqu'un siffla, des épees se fracassèrent les unes contre les autres.
- 'Personne ne fait de mal à mon cheval' dit la voix inconnue et le cri désespéré qui suivit me laissa entendre que celui qui avait eu la mauvaise idée d'y toucher n'était plus de ce monde. Enfin de ce monde-là.
Où en étais-je? Un cheval trottait candidement à mon encontre.
Mais est-il possible, je le demande, qu'un cheval vienne trotter dans la pièce, alors que je suis tranquillement assise pour écrire? Je le demande parce que je commence à me questionner aussi. Et à juste titre.
- 'Ne meurs pas maintenant je t'en prie...'
Mais je n'en ai pas du tout l'intention. Que me veulent-ils après tout? Est-ce que je touche à leurs chevaux moi? Non. Est-ce que je sors mon épée? Mon revolver? Non. Je suis assise tranquillement, il est utile de le rappeler, à ma table, dans le seul désir d'écrire.
- 'De l'eau... de l'eau...' supplia une voix exténuée.
- 'Je n'en ai pas au frigo, de l'eau du robinet ça vous ira?'
Je me levai et en me dirigeant vers l'évier de la cuisine, je ne pus m'empêcher de regarder si mes mains me suivaient bien et si ma tête reposait sur son cou. C'est à dire le mien.

Lundi 26 novembre 2007



Le soir tombait à la renverse sur le trottoir. Des flaques d'obscurité luttaient contre la lumière artificielle des lampadaires qui déjà s'allumaient de ci de là. Je pressai le pas. La foule crépusculaire grouillait jusque sur la chaussée humide et il était difficile de rencontrer un regard. 'Qu'à cela ne tienne', pensais-je et je me mis en devoir de regarder le ciel qui s'arquait au dessus des têtes qu'autre chose préoccupait.
Je ne distinguais plus mes pieds dans l'ombre mais me fiant au flux je poursuivais mon chemin en zigzagant entre les passants.
Mes deux yeux rencontrèrent quelques mots dans la lumière criante d'un bureau de tabac: 'la fin d'un symbole'. Un symbole avait donc prit fin. Et lequel? En tous les cas, il avait pris fin. Il avait donc aussi connu ses jours heureux. Ainsi les symboles naissaient et se fânaient sous ce ciel fabuleux.
Je n'en avais jamais douté. Rien ne durait qui n'ait été en accord avec le souffle énigmatique et léger qui avait porté le soir et qui allait porter le matin qui nécessairement aurait suivi.
Je m'arrêtai un instant pour respirer l'air frais, un symbole avait pris fin avais-je lu et je me sentais curieusement allégée d'un poids étranger.
Mercredi 21 novembre 2007


par jamaisvertige publié dans : jamaisvertige
Mardi 20 novembre 2007
par jamaisvertige publié dans : jamaisvertige

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