
J'ai appris à lire et à écrire sur un manuel candidement intitulé Caroline et Bruno. Ces deux prénoms et peut-être parce que je ne connaissais personne qui les ait portés (pourquoi dit-on 'porter' un prénom, après tout, pourquoi devrait-on le 'porter'? comme on porte une croix par exemple au cas où l'on porte déjà le prénom de Jésus mais je m'égare) ces prénoms, donc, sonnaient à mon oreille comme une formule mystérieuse. Il me semblait que Caroline montait au ciel tandis que les sonorités lourdes de Bruno pointaient la terre. Mais ce qui me troublait le plus fut que je finis par concevoir que s'il y avait Caroline dans les parages on pouvait être sûr d'y trouver Bruno, et inversement.
Je ne m'étendrai pas sur le fait que la vie se soit par la suite chargée de me détromper en diverses circonstances, dramatiques, mais pas nécessairement. Je ne sais plus ce que faisait Caroline mais ce qui est sûr, c'est qu'elle arborait une jupe rouge. Il n'en faut parfois pas plus pour qu'une vie chavire et je reconnais que c'est déjà beaucoup. Bruno rêvait d'une fusée. Pour aller sur la lune. Il avait déjà fait le tour de la question et avait sans doute conçu avant l'âge de raison que le bolide de papa ne lui aurait pas suffit pour sortir vivant de cet abécédaire obtu.
Il s'ingéniait de mille façons à sortir des vignettes où on l'obligeait à ne jamais bouger. Un jour enfin j'assistai à sa relative victoire. Son visage, sur lequel se plaquait un sourire éternel apparaissait au centre du hublot unique de sa fusée, rouge comme la jupe de Caroline, qui fendait l'espace interstellaire.
Je ne m'étendrai pas sur le fait que la vie se soit par la suite chargée de me détromper en diverses circonstances, dramatiques, mais pas nécessairement. Je ne sais plus ce que faisait Caroline mais ce qui est sûr, c'est qu'elle arborait une jupe rouge. Il n'en faut parfois pas plus pour qu'une vie chavire et je reconnais que c'est déjà beaucoup. Bruno rêvait d'une fusée. Pour aller sur la lune. Il avait déjà fait le tour de la question et avait sans doute conçu avant l'âge de raison que le bolide de papa ne lui aurait pas suffit pour sortir vivant de cet abécédaire obtu.
Il s'ingéniait de mille façons à sortir des vignettes où on l'obligeait à ne jamais bouger. Un jour enfin j'assistai à sa relative victoire. Son visage, sur lequel se plaquait un sourire éternel apparaissait au centre du hublot unique de sa fusée, rouge comme la jupe de Caroline, qui fendait l'espace interstellaire.
par jamaisvertige
publié dans :
la curieuse compagnie
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Pinocchio s'était hissé sur la table. Il déplaça une assiette pour s'assoir à son aise. Il se servit un verre de vin et se mit à réfléchir.
- 'Tu bois du vin maintenant?'
Il ne répondit pas, visiblement il était plutôt absorbé par quelque chose qu'il semblait chercher au travers du mur qui lui faisait face.
- 'Eh bien... tu n'es pas très bavard ce soir...'
Il tourna vers moi un regard vide qui me traversa exactement comme si je n'y avais pas été. ma surprise fut telle que je me retournai pour voir s'il y avait quelqu'un derrière moi. Je vis mon ombre effilée décrire un angle droit entre le parquet et la paroi sur laquelle elle s'élevait, indépendamment de moi.
- 'Tu ne dis rien?... tu es curieux ce soir... vraiment d'habitude c'est plutôt toi... je...' ne finis pas ma phrase parce que Pinocchio s'était levé et debout sur la table il ressemblait à un monument grotesque à la gloire de quelque aventurier éperdu. Il leva sa main de bois et comme il continuait de fixer le mur derrière moi je me retournai à nouveau. L'ombre de sa main touchai l'ombre de mon épaule, suivait la courbe de mon cou et fit le tour de ma tête.
- 'Tu devrais aller voir ailleurs...' il avait parlé sans détacher les yeux de nos ombres, la main suspendue. J'attendais avec impatience qu'il finisse sa phrase et n'osai souffler mot comme de crainte de souffler sur une flamme vacillante.
- 'Tu devrais aller voir ailleurs...' continua-t-il sur le même ton étrangement gutural qui ne m'avait pas particulièrement étonnée parce qu'à ce point je n'en étais plus à ça près.
- 'Tu devrais aller voir ailleurs si j'y suis' conclut-il et ses yeux brillants rencontrèrent enfin les miens qui se baissèrent sans que je comprenne pourquoi.
- 'Tu bois du vin maintenant?'
Il ne répondit pas, visiblement il était plutôt absorbé par quelque chose qu'il semblait chercher au travers du mur qui lui faisait face.
- 'Eh bien... tu n'es pas très bavard ce soir...'
Il tourna vers moi un regard vide qui me traversa exactement comme si je n'y avais pas été. ma surprise fut telle que je me retournai pour voir s'il y avait quelqu'un derrière moi. Je vis mon ombre effilée décrire un angle droit entre le parquet et la paroi sur laquelle elle s'élevait, indépendamment de moi.
- 'Tu ne dis rien?... tu es curieux ce soir... vraiment d'habitude c'est plutôt toi... je...' ne finis pas ma phrase parce que Pinocchio s'était levé et debout sur la table il ressemblait à un monument grotesque à la gloire de quelque aventurier éperdu. Il leva sa main de bois et comme il continuait de fixer le mur derrière moi je me retournai à nouveau. L'ombre de sa main touchai l'ombre de mon épaule, suivait la courbe de mon cou et fit le tour de ma tête.
- 'Tu devrais aller voir ailleurs...' il avait parlé sans détacher les yeux de nos ombres, la main suspendue. J'attendais avec impatience qu'il finisse sa phrase et n'osai souffler mot comme de crainte de souffler sur une flamme vacillante.
- 'Tu devrais aller voir ailleurs...' continua-t-il sur le même ton étrangement gutural qui ne m'avait pas particulièrement étonnée parce qu'à ce point je n'en étais plus à ça près.
- 'Tu devrais aller voir ailleurs si j'y suis' conclut-il et ses yeux brillants rencontrèrent enfin les miens qui se baissèrent sans que je comprenne pourquoi.
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- 'Quiconque l'a tué lui a tiré dans le dos' la télé est allumée et on entend de grandes choses. Dans une heure ce sera une véritable hécatombe.
- 'Et vous avez nécessairment suivi le même parcours la nuit en question'
- 'Et c'est pourquoi il est impossible que le sergent Pick soit sorti en rampant de sa cache'
Mais nous n'en doutions pas un instant. C'est tout à fait impossible. Et pourtant il l'a fait.
- 'Ce doit être arrivé à la moitié des prisonniers, nous devrions être orgueilleux d'être en vie, nous avons fait notre devoir, nous avons servi un pays'
Reste encore à savoir lequel. On ne le dit jamais bien sûr. On nous suggère ainsi que cela va de soi. On se sent même un peu bête de ne pas savoir à ce point de quel pays il s'agit. En tous les cas, on ne le dit pas. On compte sur notre bon sens. Le mien a déjà sauté par la fenêtre. Je me penche dans le vide pour l'appeler.
- 'Bon sens bon sens viens ici je te promets que j'éteinds la télé'
Mais il ne revient pas parce qu'on lui a déjà fait le coup et qu'il ne veut pas du tout servir le pays du sergent Pick.
- 'Colonel pourriez-vous nous décrire la nature de votre rapport avec le sergent Pick?'
Il va sans doute devoir avouer devant des millions de téléspectateurs ébahis que le sergent Pick qui pourrait être son fils, n'est autre que son grand-père. Contre toute vraisemblance vraisemblable.
Je me penche à nouveau par la fenêtre. Mon bon sens s'est assis sur la branche d'un arbre. Il me tire la langue.
- 'Avant de tirer la langue retourne ta bouche sept fois dans ta tête' je crie dans la nuit pour qu'il m'entende mais il a perdu la tête qui est d'ailleurs toujours sur mes épaule et continue de tirer la langue sans réfléchir.
- 'Capitaine le colonel vous attend dans l'antichambre'
Mon dieu mon dieu. 'Capitaine!'
- 'Mon dieu les munitions ne sont pas à leur place'
- 'Et tu oses dire que je t'envahis?' Pinocchio se tient devant moi les mains sur les hanches et le nez court. Ses yeux valent les balles du sergent Pick que je commence presque à regretter.
- 'C'est la guerre' dit la télé
- 'C'est la guerre' dis-je à Pinocchio pour qu'il soit sage.
- 'Et vous avez nécessairment suivi le même parcours la nuit en question'
- 'Et c'est pourquoi il est impossible que le sergent Pick soit sorti en rampant de sa cache'
Mais nous n'en doutions pas un instant. C'est tout à fait impossible. Et pourtant il l'a fait.
- 'Ce doit être arrivé à la moitié des prisonniers, nous devrions être orgueilleux d'être en vie, nous avons fait notre devoir, nous avons servi un pays'
Reste encore à savoir lequel. On ne le dit jamais bien sûr. On nous suggère ainsi que cela va de soi. On se sent même un peu bête de ne pas savoir à ce point de quel pays il s'agit. En tous les cas, on ne le dit pas. On compte sur notre bon sens. Le mien a déjà sauté par la fenêtre. Je me penche dans le vide pour l'appeler.
- 'Bon sens bon sens viens ici je te promets que j'éteinds la télé'
Mais il ne revient pas parce qu'on lui a déjà fait le coup et qu'il ne veut pas du tout servir le pays du sergent Pick.
- 'Colonel pourriez-vous nous décrire la nature de votre rapport avec le sergent Pick?'
Il va sans doute devoir avouer devant des millions de téléspectateurs ébahis que le sergent Pick qui pourrait être son fils, n'est autre que son grand-père. Contre toute vraisemblance vraisemblable.
Je me penche à nouveau par la fenêtre. Mon bon sens s'est assis sur la branche d'un arbre. Il me tire la langue.
- 'Avant de tirer la langue retourne ta bouche sept fois dans ta tête' je crie dans la nuit pour qu'il m'entende mais il a perdu la tête qui est d'ailleurs toujours sur mes épaule et continue de tirer la langue sans réfléchir.
- 'Capitaine le colonel vous attend dans l'antichambre'
Mon dieu mon dieu. 'Capitaine!'
- 'Mon dieu les munitions ne sont pas à leur place'
- 'Et tu oses dire que je t'envahis?' Pinocchio se tient devant moi les mains sur les hanches et le nez court. Ses yeux valent les balles du sergent Pick que je commence presque à regretter.
- 'C'est la guerre' dit la télé
- 'C'est la guerre' dis-je à Pinocchio pour qu'il soit sage.
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