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Mardi 29 avril 2008

Il baissa doucement la tête. Il tâchait de ne pas écouter. Son sang refluait, c'était son équinoxe à lui. Dehors, une quantité surprenante d'autres êtres qui, comme lui, contenaient des mondes insondables, se démenait, allait, venait, de gauche à droite, de bas en haut, de long en large etc. Ce fourmillement invraisemblable, cette parenté inconcevable qui le liait à eux le transportaient.

Cet instant monstrueux, tant intense qu'il respirait à peine, avait tout l'air d'une porte entrebaillée qui l'invitait au delà. La largeur du fleuve, décuplée par la lumière abrupte du zénith, déployait des bras liquides vers lui et d'autant son coeur s'ouvrait. Il craignit sans y croire que l'organe aurait cédé sous une telle pression interne.

Comme il n'en fut rien, ravi, il posa cette tête sienne contre la paroi fraîche et blanche du navire. Le vent régulier et fort, les heurts saccadés de l'embarcation sur la surface dure de l'eau, les embruns sur le visage, l'incidence de la lumière, tout cela à la fois et aussi ce qui ne s'éprouvait pas, ni ne pouvait se voir, tout cela à la fois dessinait dans le jour béant des indices transparents.


Samedi 26 avril 2008
Il regardait nonchalemment le dos de sa main. Curieuse forme étonnante. Son coeur dans sa cage battait très fort. Une couronne de pétales aussi bien, tant épanouie que doucement se déchirait quelque chose d'ancien qui se dissipait immédiatement. Tant la lumière était forte. Il ne plissait pas les yeux, au contraire, regardait tranquillement. Profondément heureux. Et libre. Et cette liberté incommensurable, abnorme et simple, vivante, chaude, riante ne le bouleversait que dans la mesure où il avait encore le souvenir de ce qu'avait été sa prison.

Dimanche 20 avril 2008



Ses pieds couraient sur le trottoir humide. Parfois ils évitaient nonchalemment une flaque immobile où se miraient les grands arbres du boulevard. Ces platanes majestueux étaient silencieux, comme à l'annonce de quelque mouvement sourd des plaques terrestres. Les oiseaux ordinairement tumultueux à cette heure, se taisaient. Le vent était tombé mais on le cherchait en vain à terre. "Ça n'est pas dieu possible!" jurait une passante qui disparaissait au coin de la rue des Carmes. Si, c'était dieu possible. D'ailleurs tout était dieu possible. Il suffisait de le vouloir, ce qui, j'en conviens volontiers et sans me faire prier, n'est pas une mince affaire. Et puis, vouloir quoi?


Dimanche 13 avril 2008





Je relevais les yeux. Je ne reconnaissais rien. La rue inondée de soleil, toute droite montait vers le ciel. Celui-ci sans faire d'histoires s'était couché à terre. Il respirait tranquillement. Sur la pointe des pieds, j'avançais. Dans l'air mobile, des questions secouaient ma chevelure, courte d'autre part, les questions ne s'y agrippaient que pour mieux continuer leur course, au vent. Légère, je poursuivais mon chemin de nuage en nuage. Sur le bleu de cet asphalte limpide et franc, j'écrivis un nom, qui disparut aussitôt - le ciel est inconstant.

* Christophe Colomb
Dimanche 6 avril 2008



C'était à peine croyable. C'est à dire que je peinais à le croire, bien que je l'éprouvasse (eh si, bien que je l'éprouvasse...) si intensément, ou mieux : si clairement, malgré que cela me fût tout à fait obscur.

Un secret palpitait là, vivant, aux entrailles fraîches et je ne pouvais manquer de le sentir. A quoi avais-je été préparée? Je l'ignorais. A cela? Je n'en savais rien. Il ne me semblait pas. Mon âme était à son aise. En terrain connu. J'aurais pu être déroutée mais je suivais comme je le pouvais et parce que je le voulais profondément.

"Sois spontanée, pensais-je, sois simple..." et je tâchais de l'être, pour ne rien compliquer.


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