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Samedi 22 mars 2008



C'était inexplicable. J'avais un seau sur la tête, je ne voyais plus rien. Je tendais les mains en avant et du bout d'un pied puis de l'autre, je tâtais le chemin poussiéreux. Avancer ainsi relevait du défi, d'un certain défi du moins, parce que cela n'avait rien d'aisé. La voisine se mit à crier par dessus le vide qui séparait sa fenêtre de la fenêtre qui lui faisait face. La fenêtre devint océan, tendre et mouvant, déchaîné mais qu'importait? La rue s'emplit immédiatement d'embruns et les visages souriaient. Les paupières écloses se couchaient sous la lumière d'un jour blanc, neutre presque à force d'être éteint. Je tombai à terre. Aussitôt des astres se ruèrent à ma suite. Ils me criblaient de signes que je ne comprenais pas. Sur mon ongle, l'un d'eux scintillait, indifférent. Au coin de ma lèvre, un autre creusait l'infini sourd de son extinction. Je n'en finissais pas, muette, de chercher le silence.



Mardi 18 mars 2008
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Alors? Comment, combien fiers de vous vous êtes? Heureux ce soir? Et le jour couché sur votre paupière, contents? Chacun avec ses petites habitudes? Bien à leur place? Si peu près nous sommes à les écarter avec douceur, d'un grand geste du bras droit, loin, loin de soi. Oh non, non, si peu près nous sommes, si accrochés à celles-ci qui nous accrochent au cadre que nous nous sommes fait de notre vie. Nous avons un empire sur la paume et dans le coeur. Entier, vierge, mieux que ça. Quelle étrange histoire que celle-ci, je vous l'accorde. Un grand éclat de rire balaye ce paragraphe où mes yeux s'accrochent si, exactement, s'accrochent. Merveille que cet instant confus, tendu au-dessus de rien. Nous sommes en vie. Réussirons-nous à incarner ce que nous sommes?


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Mardi 4 mars 2008

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Elle s'était assise sur les marches qui séparaient les deux pièces. La première haute au dessus d'elle, la moquette bleue comme une mer intérieure la mer rouge la mer noire une mer intérieure la moquette bleue immobile. Comme les murs de la pièce immobiles. Immobile la chaise la table les verres posés sur la table l'étagère les livres, immobiles. Immobile la fenêtre ouverte sur le ciel immobile.

Puis quelques notes de piano - se détachent de chaque chose immobile -  se suivent lentement - distinctement. Et s'élèvent dans l'air immobile. Libres étranges - douces aliénantes.

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