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Dimanche 6 avril 2008



C'était à peine croyable. C'est à dire que je peinais à le croire, bien que je l'éprouvasse (eh si, bien que je l'éprouvasse...) si intensément, ou mieux : si clairement, malgré que cela me fût tout à fait obscur.

Un secret palpitait là, vivant, aux entrailles fraîches et je ne pouvais manquer de le sentir. A quoi avais-je été préparée? Je l'ignorais. A cela? Je n'en savais rien. Il ne me semblait pas. Mon âme était à son aise. En terrain connu. J'aurais pu être déroutée mais je suivais comme je le pouvais et parce que je le voulais profondément.

"Sois spontanée, pensais-je, sois simple..." et je tâchais de l'être, pour ne rien compliquer.


Samedi 22 mars 2008



C'était inexplicable. J'avais un seau sur la tête, je ne voyais plus rien. Je tendais les mains en avant et du bout d'un pied puis de l'autre, je tâtais le chemin poussiéreux. Avancer ainsi relevait du défi, d'un certain défi du moins, parce que cela n'avait rien d'aisé. La voisine se mit à crier par dessus le vide qui séparait sa fenêtre de la fenêtre qui lui faisait face. La fenêtre devint océan, tendre et mouvant, déchaîné mais qu'importait? La rue s'emplit immédiatement d'embruns et les visages souriaient. Les paupières écloses se couchaient sous la lumière d'un jour blanc, neutre presque à force d'être éteint. Je tombai à terre. Aussitôt des astres se ruèrent à ma suite. Ils me criblaient de signes que je ne comprenais pas. Sur mon ongle, l'un d'eux scintillait, indifférent. Au coin de ma lèvre, un autre creusait l'infini sourd de son extinction. Je n'en finissais pas, muette, de chercher le silence.



Mardi 18 mars 2008
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Alors? Comment, combien fiers de vous vous êtes? Heureux ce soir? Et le jour couché sur votre paupière, contents? Chacun avec ses petites habitudes? Bien à leur place? Si peu près nous sommes à les écarter avec douceur, d'un grand geste du bras droit, loin, loin de soi. Oh non, non, si peu près nous sommes, si accrochés à celles-ci qui nous accrochent au cadre que nous nous sommes fait de notre vie. Nous avons un empire sur la paume et dans le coeur. Entier, vierge, mieux que ça. Quelle étrange histoire que celle-ci, je vous l'accorde. Un grand éclat de rire balaye ce paragraphe où mes yeux s'accrochent si, exactement, s'accrochent. Merveille que cet instant confus, tendu au-dessus de rien. Nous sommes en vie. Réussirons-nous à incarner ce que nous sommes?


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Mardi 4 mars 2008

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Elle s'était assise sur les marches qui séparaient les deux pièces. La première haute au dessus d'elle, la moquette bleue comme une mer intérieure la mer rouge la mer noire une mer intérieure la moquette bleue immobile. Comme les murs de la pièce immobiles. Immobile la chaise la table les verres posés sur la table l'étagère les livres, immobiles. Immobile la fenêtre ouverte sur le ciel immobile.

Puis quelques notes de piano - se détachent de chaque chose immobile -  se suivent lentement - distinctement. Et s'élèvent dans l'air immobile. Libres étranges - douces aliénantes.
Dimanche 24 février 2008
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Cajou m'a demandé de révéler sept secrets. Encore me faudra-t-il en trouver un. Puis deux. Et ainsi de suite. Je peux chercher. Et trouver, cela va de soi. Je pourrais en découvrir sous mon tapis, derrière la commode ou sous l'armoire à balais. Si j'avais une armoire à balais. Ou une commode. Je vais regarder sous le tapis.

1 Je ferme ma bouche sept fois avant de l'ouvrir.
2 Je regarde le ciel et les étoiles du firmament comme mes pieds, la fourchette qu'elle met dans sa bouche, ou ses sourcils, ou l'angle que font deux rues quand elles se rencontrent, ou encore comme un ballon, une poussette, un parapluie, un téléphone portable etc.
3 Je me dis parfois (certains jours de grande lumière ou d'orage) que l'exception confirme l'exception, et non la règle qui est infirmée par l'exception qui confirme l'exception qui infirme la règle.
4 Je me dis parfois (certains jours de pluie ou de sirocco) que les adultes sont décadents et que les enfants ne le sont pas.
5 Je ne prends pas les vessies pour des lanternes. Mais parfois les lanternes pour des phares en pleine mer par temps houleux.
6 J'aime cette éternité éphémère, infiniment et sans condition.
7 Je préfère le pire au moindre mal parce que le pire nous pousse à vouloir le dépasser tandis que le moindre mal nous accueille à bras ouverts dans ses fauteuils de velour pourpre.

Je tends le flambeau aux sept nains, le marchand de sable est passé et il est l'heure pour moi de me retirer. Je tiens à ajouter avant de tirer le rideau, que la nuit est claire et la pluie d'étoile qui couvre mon chef, royale.

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